Tourismaguide était l’invité belge au lancement de la nouvelle campagne promotionnelle du ministère du Tourisme tunisien. L’occasion de découvrir le combo Tunis-Carthage-Sidi Bou Saïd. Un city trip idéal pour amorcer la nouvelle Tunisie.
Par Béatrice Demol

La Tunisie dans sa plus simple expression, promettent les professionnels du tourisme du pays.
Sans doute ce souhait correspond-t-il bien à une visite en plein ramadan – terminé à l’heure de cette lecture. Les décors ne changent pas. Les sites archéologiques, les palais, les plages, les musées, tout est là. A Tunis, l’avenue Habib Bourguiba est toujours belle, bordée de splendides palmiers géants. Mais son théâtre municipal et ses boutiques de luxe sont fermés. Tout est un peu vide. Jusqu’au soir. Quand les vieux qui s’étaient rassemblés dans une pharmacie pour parler rejoignent la maison ou le café d’en face. Quand les magasins remontent leurs volets de fer, que les grills à kebab et les taques à crêpes au chocolat commencent à chauffer. Les coiffeurs coupent et rasent. Les restaurants affichent leur menu Spécial Ramadan. Les langues et les estomacs se libèrent. La médina s’anime. On monte sur les toits pour partager le thé aux pignons et la chicha. La visite peut alors commencer.
TUNIS, ENTRE PASSE ET FUTUR
Une première flânerie dans la ville m’a permis de comprendre le dilemme de la métropole dont l’organisation urbaine et les architectures – coloniale sur les grands boulevards, arabo-musulmane dans les vieux quartiers, moderne dans les nouveaux arrondissements – balancent entre l’histoire du passé et celle, encore à écrire, du futur. Le présent me semble impalpable sauf à échanger avec les habitants qui racontent comment tout s’imbrique, saluant systématiquement « le niveau d’éducation accessible à tous depuis Bourguiba » et exprimant leur doute quant à un pouvoir « autoritaire mais peut-être pour mieux avancer ? » La nouvelle campagne promotionnelle lancée cette semaine par le ministère du Tourisme sur 16 pays européens m’encourage de parcourir le pays avec un nouveau regard.

QUELLE IMAGE DE LA TUNISIE ?
Quelle image ai-je de la Tunisie ? La Méditerranée pas chère, les plages d’Hammamet, une expérience de thalasso dans des grand hôtels, le vent de Djerba, les étoiles du Sahara et la palmeraie de Tozeur. On parle français, Le coût de la vie est intéressant. Appréciée pour ses all inclusive mais boudée par les touristes plus exigeants, la destination souffre d’un manque d’identité. C’est un peu court, sans doute.
Trois amoureux de leur pays sont donc chargés de me faire découvrir un tout petit morceau de cette Tunisie qui veut s’imposer sur la scène du tourisme authentique mais pas pour autant suranné. Khaled, de l’Office national du tourisme tunisien, qui répond à toutes mes questions. Hichem, le chauffeur qui jongle avec le code de la route et suit tous les détours que je lui demande de faire. Et le guide Hamadi, un héros national qui fera de notre escapade une épopée glorieuse puisqu’à chaque halte il doit serrer les mains et répondre aux sourires.

MON GUIDE, CE HEROS
Il m’attend devant le Bardo, le musée national qui renferme la plus grande collection de mosaïques romaines du monde et des pièces archéologiques ramenées des quatre coins du pays. Rassemblées dans un superbe palais dont les murs racontent l’histoire des sultans, ces collections brassent l’histoire millénaire de la région. Hamadi respire la passion des vieux qui transmettent. Lorsque nous arrivons dans la salle du Trésor, la fierté qui se lit sur son visage s’efface et c’est avec émotion qu’il raconte comment il a sauvé cinquante touristes lors de l’attentat de 2015. Tout le reste de mon court séjour, il sera mon sésame, dénichant une reconstitution d’un petit sanctuaire phénicien hors circuit, ouvrant les grilles en-dehors des heures de l’amphithéâtre romain érigé par Jules César, empruntant un chemin moins connu mais « qui offre une plus belle vue ».
Hamadi a réveillé Sidi Bou Saïd endormie par le ramadan en donnant pour mission à tous les commerçants de trouver une paire de boucles d’oreille identique à celle que j’avais vue plus tôt sur la route. Finalement, le bijou a été fabriqué dans un petit atelier pour un prix « spécial Hamadi ». Il mettra la même détermination à me trouver la meilleure huile d’olive de la région – cet « or vert » du nord, incontournable achat avec les dattes du sud.
Tous ces Hamadi, héroïques ou simplement passionnés, sont sans doute la meilleure publicité du pays.

LA MÊME TUNISIE, AUTREMENT
« La Tunisie est le pays le plus moderne et le plus modéré du Maghreb, » scande plusieurs fois mon guide. Voilà. Après cette annonce, on peut délier le fil de l’histoire de la Tunisie.
Sur la route de la médina, par les petites rues, le récit historique continue. Lorsqu’on croise une vieille femme en sefsari, la devenue très rare robe de soie traditionnelle, on évoque le toujours difficile équilibre entre traditions et modernité. Les hommes, eux, continuent de porter la jebba pour les occasions. Nous en verrons plusieurs le soir, lors de la présentation de la campagne promotionnelle du ministère du Tourisme dans un magnifique palais du 18ème siècle. « Tu devras regarder » me dit Hichem : « Elles ne sont pas en soie car l’Islam interdit ce tissu pour les hommes, comme les colliers en or ou les cigarettes – tout ce qui représente un signe ostentatoire de richesse. »
« VIVEZ L’INSTANT T, VIVEZ L’INSTANT TUNISIE »
Lors de cette soirée, il est question des atouts du pays. Proximité, diversité et hospitalité. L’offre touristique est effectivement très étoffée, entre un tourisme balnéaire, un autre tourné vers la culture et le patrimoine, les circuits liés au golf, à l’aventure ou à la gastronomie, la thalassothérapie, le tourisme saharien. A deux heures et demie de la Belgique, la destination est ouverte à tous les publics, familles, jeunes enfants, seniors, adeptes du farniente ou actifs. L’objectif de la campagne est bien de consolider ces atouts existants (il s’agit tout de même de 3.000 ans de culture et de paysages variés) en les présentant comme autant de possibilités de vivre un moment « pour soi » dans des environnements authentiques. Forte d’une étude qui révèle que 73% des Européens veulent ralentir en vacances, la campagne « Vivez l’instant T. Vivez la Tunisie » propose surtout une nouvelle façon de découvrir le pays.

INCONTOURNABLE MEDINA
Mon hôtel est à 100 mètres de la Porte de France, appelée Bab El-Bhar, Porte de la mer, avant le protectorat français encore fort commenté. On dit que la Méditerranée avançait jusque-là mais on ne sait pas à quelle époque. Aujourd’hui, c’est l’entrée principale de la médina, la vieille ville, le joyau de Tunis.
Souvent, on conseille aux visiteurs d’entrer par la gauche. Le défilé des souks organisés en quartiers (or, parfums, tissus…) tient déjà sa promesse de senteurs et d’exotisme. Les boutiques respirent le Maghreb et l’Andalousie, des maisons familiales sont transformées en petits musées et des rooftops aux murs de faïence s’improvisent un peu partout pour offrir une vue sur les toits et les minarets.
Si vous partez à droite, vous arrivez au même endroit : la mosquée Zitouna, le cœur de la médina autour duquel la ville fut construite. Interdite d’entrée aux voyageurs, son bâtiment, son minaret de 43 mètres et ses deux tours de surveillance constituent le repère géographique et religieux de la ville.

SE PERDRE DANS LES SOUKS
Avec un guide, vous marquez des arrêts stratégiques, portes cloutées, arcs et patios pour conserver la chaleur ou la fraîcheur dans les habitations, dars transformées en espaces culturels, hammams anciens. Les points d’eau pour rester connecté à l’univers et suggérer la méditation. Le As-Salaam-Alaikum qu’on prononce même quand on rentre seul chez soi – pour apporter la paix. Le meilleur fabricant de chechia, cette calotte rouge que Hichem portera tout le séjour pour exprimer « respect et fierté d’être Tunisien ». La galerie photos de famille de son portable se révèle un véritable cours sur les coutumes vestimentaires du pays.
Sans guide, vous pouvez vous perdre. Mais sans jamais être perdu car il y a toujours quelqu’un qui saura vous ramener à travers les ruelles. En passant par la boutique d’un cousin mais sans jamais vous forcer la main. L’unique délicieux risque est d’être emporté par la foule dans les souks populaires, ceux que fréquentent majoritairement les locaux – la partie droite, justement. « Mêmes produits, souvent mêmes marques, mais moins cher. ». La foule est dense, on marche à très petits pas, on suit le mouvement qui monte ou qui descend, n’essayez pas de bifurquer, on n’arrive pas à entrer dans les échoppes pleines à craquer. « C’est la fin du ramadan, les derniers achats avant l’Aïd el-Fitr, tout est moins cher les derniers jours ! » rit une jeune femme dont j’ai écrasé les pieds. Heureusement, les babouches sont moins chères de ce côté-ci.

SUR LA ROUTE DE CARTHAGE
Le Grand Tunis s’étend jusqu’à 28 kilomètres autour de la ville, surtout au nord, le long d’une baie ouverte sur le golfe de Tunis. Une région stratégique depuis l’Antiquité, à 130 kilomètres de l’Italie, carrefour commercial, culturel et historique qui a vu ses terres foulées par des guerriers de tout le bassin méditerranéen. Colonie phénicienne, théâtre des guerres puniques, Hannibal, César, destruction de Carthage, reconstruction de Carthage, Grecs, Romains, Arabes, Berbères, légendes et encore des points d’interrogation dans l’Histoire. Avec Hamid, tout cela prend un petit peu forme, nous n’avons pas trop de temps, il faudra revenir. Mon Instant T est trop court.
LA GOULETTE : LA NOSTALGIQUE
Hichem veut nous montrer La Goulette, la marina du village et le port touristique où les gros bateaux de croisière accostent encore pour le bonheur de la population – « Ils dépensent, c’est bon pour nous. » Les autres touristes sont aussi des visiteurs d’un jour. Ils viennent manger les meilleurs poissons de la côte à 3€. Mes compagnons de voyage évoquent avec gourmandise le Festival du poisson mais la ville a vraiment perdu son prestige d’antan. On imagine pourtant aisément quelques petits hôtels sur une plage un peu aménagée, les façades repeintes en blanc et bleu et une invite à un tourisme plus intime. Une petite gorge relie la mer au lac de Tunis – que je vois le soir de la fenêtre de mon hôtel. On l’appelle La Petite Sicile – « Car les premiers émigrés de notre histoire moderne étaient Italiens, pas Africains ! » Claudia Cardinale est née dans le village. Surtout, c’est ici que Bourguiba est venu annoncer l’indépendance, signée en 1956.

CARTHAGE : L’HISTORIQUE
Le boulevard Bourguiba, très animé en été, remonte de La Goulette sur 15 kilomètres vers Kram-Salammbô, lieu de villégiature des Européens, des diplomates et de la grande bourgeoisie de Tunis. Le Tophet, un sanctuaire où se mêlent reconstitution de stèles et véritables nécropoles autour de légendes où il est question de sacrifices, est toujours sujet de fouilles et d’interprétations, comme beaucoup de sites dans tout le pays.
On entre dans Carthage par ce boulevard et la banlieue chic de Dermech. On marque un stop à l’amphithéâtre, célèbre pour son Festival international de danse, théâtre et musique. Enfin le quartier Hannibal pour rejoindre la colline de Byrsa, sur le territoire des célèbres ruines de Carthage. Le guide aime la légende de la reine Elyssa, débarquant de Tyr en 814 avant JC, à qui les Berbères acceptent de lui céder la terre à raison de la grandeur d’une peau de bœuf. La souveraine fait alors découper la peau en mincissimes lamelles jusqu’à encercler Byrsa où elle érigea ce qui deviendra un véritable empire commercial.
Sur la même butte, la cathédrale Saint-Louis où fut inhumé Louis XI, atteint de la peste après une énième croisade. Les archéologues ont mis à jour une double cité – punique en-dessous, romaine au-dessus, avec, notamment, les Thermes d’Antonin que surplombe le palais présidentiel dont la vue embrasse tout le golfe. Autant de sites paisibles qui appellent à un cours d’histoire comme à une promenade entre terre et mer. Le temps suspendu dont parlait le ministre ?

SIDI BOU SAÏD : LA MAGNIFIQUE
Ce sont des maisons blanches aux volets bleu perchées sur la colline. On y monte à pied, par une rue principale aux pavés irréguliers qui, malgré et entre ses échoppes touristiques aux étals identiques, laisse échapper quelques petits trésors. Une porte qu’on dévisserait bien pour l’emporter. Une petite galerie où, à côté des objets-souvenirs, un vieux pot est transformé en mug, une antique soupière en lampe et un cuir destiné aux babouches en sac. Des petits palais-musées privés aux moucharabiehs bleus où s’entassent, bien rangés, des meubles, tranches de mosaïques, peintures, habits, instruments de musique ou même une maison complète dans son jus du 18ème.
Peu de temps pour une expérience totale. Et ce n’est pas la saison des plages. La terrasse du Café des délices est vide, mais le marchand de bambalounis (des beignets baignés dans le sucre) est bien ouvert. Le restaurant Au bon vieux temps, ancienne demeure d’André Gide, ne sert qu’à l’intérieur mais sa salade Ayem Zmen et son couscous sont aussi enthousiasmants que son patron est gentil. Depuis son toit, la Méditerranée est incroyablement claire. Et, ici aussi, se perdre dans les petites ruelles en descendant vers la mer est un petit bonheur qu’il ne faut pas marchander. C’est ce que le pays veut désormais proposer : des émotions simples dans des environnements grandioses.

LE TGM, 18 ARRÊTS POUR 18KM !
Un guide et un chauffeur sont une manière confortable de découvrir ce Grand Tunis. En empruntant le légendaire TGM Tunis-Goulette-Marsa, vous devriez vivre ce morceau de Tunisie de façon encore plus authentique. L’ancienne ligne de train à vapeur réservé au bey de Tunis pour se rendre dans ses palais secondaires est désormais reliée à un réseau électrique et propose le trajet complet de Tunis à la station chic de La Marsa – que je n’ai pas eu le temps de rejoindre. 35 minutes mais surtout 18 arrêts près des sites historiques et dans des endroits moins visités ou carrément insolites. Le petit train, bleu comme les portes de Sidi Bou Saïd, qu’il dessert évidemment, passe toutes les quinze minutes (six en heures de pointe) entre 3h du matin et minuit et on embarque à sa guise pour 0,15€ le trajet d’une station à l’autre.

L’INSTANT T : FINI LES CHAMEAUX ET LES PALMIERS !
L’instant T. Le slogan était tout trouvé. T comme Tunisie. T comme il est temps de redécouvrir le pays qui avait tendance à ronronner, assuré d’un nombre de visiteurs toujours croissant. T comme le temps pour soi dans un pays aux atouts doux. « Idéal pour les visiteurs en quête de sens, d’authenticité et de retour à l’essentiel, » a annoncé Sofiane Tekaya, le ministre du Tourisme tunisien qui recevait les représentants des 16 pays européens ciblés par la campagne. Entendez : l’authenticité, l’immersif et l’expérience est notre réponse aux sirènes clinquantes des nouveaux concurrents du golfe et pour contrer les autres prétendants qui bordent le bassin méditerranéen : Maroc, Grèce, Espagne, Italie.

Entouré du ministre des Affaires étrangères Mohamed Ali Nafti et du directeur de l’Office national du tourisme tunisien Helmi Hassine, le ministre du Tourisme a décliné les atouts de son pays et exhorté l’audience à renouveler sa vision de la Tunisie : « Fini les chameaux et les palmiers. Ils sont là, mais il y a autre chose. » Et d’annoncer des mesures incitatives à l’attention du secteur national et auprès des partenaires européens, dont la Belgique qui a envoyé 105.686 touristes en 2024 – soit une augmentation de 10%. Workshops, éductours, voyages de presse pour les professionnels. Campagne de séduction pour les autres. Les Belges vont être fort sollicités dans les mois à venir. L’occasion est belle.
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