Perdu au milieu de l’océan Indien, l’archipel des Seychelles abrite quelques-uns des lieux parmi les plus idylliques du monde. Plus authentique que les Caraïbes, on y parle un français coloré, l’hospitalité y est légendaire et on ne s’y bouscule pas.
Par Eric Vancleynenbreugel

116 îles tropicales, dont la plupart sont inhabitées, en plein milieu de l’océan Indien. Ce paradis sur terre, verdoyant et poissonneux, fréquenté de surcroît par aucun animal dangereux, resta pourtant inoccupé jusqu’à la fin du 18e siècle ! Seuls quelques marins arabes venaient semble-t-il s’y approvisionner en eau douce et surtout en cocos de mer, ces noix qui s’échangeaient ensuite contre des monceaux d’or. Longtemps après leur découverte, ces terres isolées ont servi de base aux boucaniers qui harcelaient les navires chargés d’épices, de thé et de soie… L’histoire des Seychelles est ainsi faite d’épisodes romanesques et l’on parle encore ici très sérieusement de mystérieux trésors enfouis au hasard des îles… En plusieurs endroits, des passionnés creusent toujours le sable et de nombreuses histoires courent sur des fortunes qui auraient éclos du jour au lendemain !

Mahé, terre du milieu
Mahé, premier contact du voyageur avec les Seychelles, offre dès l’atterrissage un tableau de verts tendres et de bleus turquoise. Cette île, joliment boursouflée de granit, rassemble la majeure partie des 80.000 Seychellois mais elle n’en reste pas moins très nature. Micro ville, Victoria se traverse à pied en 5 minutes. Sans doute la plus petite capitale du monde. Aux Seychelles, tout le monde connaît un peu tout le monde, le pays fonctionne comme un gros village. Ainsi, lorsqu’un citoyen souhaite par exemple formuler une plainte, il se rend directement au bureau du ministre compétent… Victoria n’est certes pas grande mais garde beaucoup de charme et ne change quasi pas au fil des années. Les personnes âgées, endimanchées, s’approvisionnent en poisson, en légumes frais et en épices au petit marché matinal coloré. Pour l’urgence et pour d’autres produits, en fonction des arrivages, il y a quelques échoppes de tôle ondulée tenues par des Asiatiques. On ne peut pas manquer l’emblème de la capitale, une curieuse horloge argentée, réplique de celle située à l’intersection de Victoria Street et Vauxhall Bridge Road près de la gare de Victoria à Londres.

Le relief de Mahé est franchement accidenté et grimpe jusqu’à près de 1000 m au Morne Seychellois. Erigé en parc national comme la moitié du territoire national, cette vaste forêt d’altitude partage son versant ouest avec des plantations de thé et offre des panoramas époustouflants sur la côte et sur l’océan. Plus vers l’intérieur de l’île, le jardin du Roy fut aménagé à l’instigation de Pierre Poivre pour y acclimater des épices venues d’ailleurs. Une visite qui complète celle du jardin botanique de Victoria. Du Nord au Sud, les côtes de Mahé sont égrainées d’éboulis et de glacis de granit. De crique en crique, l’île offre ses plages de sable blanc souvent désertes, tantôt léchées par des eaux tranquilles tantôt inlassablement rabotées par de puissants rouleaux. Le voyageur aura parfois ce sentiment d’être le premier à fouler le sable farineux de certaines anses sauvages… Serait-ce un léger avant-goût de ce que réservent les autres îles?


Praslin : palmiers cathédrales
Avec 11 km sur 4, la seconde île de l’archipel ne compte que 6000 habitants. Granitique comme Mahé, ce qui lui donne ces plages de sable blanc semées de rocs noirs. Un véritable jardin japonais exotique! Jardin, Praslin l’est sûrement. L’un de ses premiers explorateurs n’y a-t-il pas situé le jardin d’Eden en découvrant la vallée de Mai? Ici pousse par exemple l’une des plantes les plus étranges de la création, connue de tous les botanistes. Son nom? Coco de mer, car à la vue des noix échouées sur les plages, les hommes pensaient qu’elles provenaient d’un arbre marin. Ou quand la nature s’amuse à imiter avec humour les attributs de l’humain.

Classée patrimoine mondial par l’Unesco, la Vallée de Mai abrite la dernière grosse population de ce végétal unique au monde: 500 spécimens femelles et 700 spécimens mâles environ. On en trouve seulement encore quelques exemplaires sur Curieuse, au jardin botanique de Mahé et sur l’île de Silhouette. Une randonnée dans cette vallée étrange, c’est une remontée du temps de plusieurs millions d’années, lorsque les Seychelles faisaient partie du continent primitif, le Gondwana. A l’ombre des immenses palmes qui s’entrechoquent dans un surprenant bruit métallique, un sentier permet de découvrir quelques-unes des espèces endémiques des Seychelles, dont certaines n’ont plus évolué depuis 150 millions d’années. Ces îles seraient un peu comme une flottille d’arches de Noé préservant des espèces disparues ailleurs depuis longtemps.

La Digue, île de pub
De Praslin, il n’y a qu’un saut à faire vers une poignée de petites îles souvent désertes : Chauve Souris, Curieuse (qui porte bien son nom avec sa mangrove intrigante et ses plages sauvages), Saint-Pierre, Cousin et Aride (toutes deux réserves d’oiseaux). Et puis La Digue et ses 2000 habitants, que l’on rejoint en goélette. Le rythme de la vie y est aussi lent que le moyen de transport de l’île : le char à bœufs ! Le must, c’est de louer un vélo en arrivant au petit port pour visiter La Digue à son rythme, de plage en plage. L’île est célèbre pour les publicités qui y ont été tournées, à Anse Source d’Argent plus exactement, interminable langue de sable farineux ourlée de vasques naturelles. Le paradis a sa piscine et elle est ici! En chemin, on peut faire provision de vanille à l’entrée de la plantation de cocotiers et un tour par la maison qui abrita les ébats érotiques d’Emmanuelle, aujourd’hui…résidence secondaire du chef de l’Etat !

Retraite dorée sur Silhouette
Cette île a gardé le meilleur du monde exotique d’antan et ouvre une porte sur l’aspect originel des Seychelles. Entièrement recouverte d’une luxuriante végétation, son relief escarpé l’a préservée et l’île est considérée par les naturalistes comme l’un des lieux de l’Océan Indien à la plus forte biodiversité. C’est ici que s’est déroulé un épisode miraculeux de la lutte pour la protection des espèces: le sud-africain Ron Gerlach y a élevé et fait reproduire les derniers spécimens de tortues des Seychelles, espèce que l’on croyait disparue depuis le 19e siècle. Une aventure incroyable qui a débuté par hasard, avec un spécimen mâle de 140 ans détenu par un hôtelier de Mahé, étonné de sa morphologie différente des autres tortues venues d’Aldabra, seul atoll où, pensait-on, la grande tortue terrestre subsistait dans l’océan Indien. Ne manquait que la femelle, découverte -seconde partie du miracle- sur l’île Cerf un rien plus tard. Au début des année 2000, les premiers jeunes ont été relâchés et ont commencé à repeupler les parties les plus sauvages de Silhouette.

Bien qu’il s’agisse de la troisième île seychelloise de par sa taille, Silhouette est quasi inhabitée. Un seul petit village digne de ce nom blotti sous les cocotiers, là où jadis, une riche famille, les Dauban, avait installé une plantation. Le chef de famille était raconte-t-on encore au village un homme particulièrement tyrannique, régnant sur ses serviteurs comme un monarque absolu. Parmi ses élucubrations, l’idée de planter des cocos de mer à 300 m d’altitude et d’obliger ses ouvriers à partir régulièrement les arroser. L’endroit, Jardin Marrons, est aujourd’hui le but d’une promenade. Ultimes réminiscences de cette famille, le caveau familial enfoui dans la végétation et, bien sûr, la grande maison de maître aujourd’hui reconvertie en restaurant de l’hôtel voisin. Sur Silhouette, le lagon peu profond est particulièrement propice à la baignade et à marée basse, il est même possible d’atteindre la barrière de corail à pied pour observer la faune sous-marine ultra riche.

North Island, robinsonnade grand luxe
De Silhouette, on distingue au loin North Island. Une île déserte, hormis depuis peu une bonne dizaine de villas dessinées pour être en symbiose avec la nature. Car pour les construire, les architectes ont privilégié les matériaux locaux. Mais le summum du luxe sur North Island (North Island – North Island), c’est l’espace. Et la liberté. De vivre pieds nus. De se retrouver facilement tout seul. De prendre un repas à base des produits de l’île où on le souhaite et quelle que soit l’heure. La piscine à débordement en surplomb de l’océan est un rêve. Et dès qu’il quitte sa villa, le voyageur aura le sentiment d’être le premier à fouler le sable doux des anses sauvages…

Iles extérieures
Toujours plus loin, en bordure du monde, une myriade d’autres îles invitent à des aventures plus isolées encore. Elles portent des noms de rêve : atoll Poivre, Bancs Africains, Bijoutier, Providence, Assomption ou encore… Aldabra, le plus vaste atoll de la Terre, peuplé de milliers de tortues géantes. Les seuls humains qui vivent sur ce dernier sont les quelques scientifiques et gardiens du parc national mais moyennant une réservation bien à l’avance, on a le droit de les rejoindre en bateau. D’autres îles, comme Alphonse ou Frégate, abritent un resort exclusif. Pour se sentir seul au paradis, il n’y a sans doute pas mieux.


Carnet de voyage:
– Formalités: passeport en cours de validité. Autorisation de Voyage Electronique (ETA) à demander sur le site https://seychelles.govtas.com. Preuve d’hébergement ou d’invitation aux Seychelles. Pas de vaccin.
– Climat: entre 24 et 32°C toute l’année. Saison chaude et humide de décembre à mars et plus « fraîche » et sèche de mai à septembre. Attention : en fonction des saisons, certaines plages sont couvertes d’algues, d’autres pas. Renseignez-vous bien avant de choisir votre lieu de séjour!
– Langue: le créole mais tout le monde parle le français.
– Monnaie: la roupie seychelloise, surtout pour les petits achats. L’euro est accepté partout et parfois même exigé (frais d’hôtel, excursions…).
– Transport : les liaisons inter-îles se font soit en petit avion avec Air Seychelles (15 minutes entre Mahé et Praslin), soit en hélicoptère, soit pour les plus proches en bateau rapide au départ de Mahé.
– Plus d’infos : www.seychelles.travel.

Photos: Eric Vancleynenbreugel