Vitrine de l’Inde, Mumbai concentre aussi toutes ses contradictions. Chaotique, surprenante et sublime à la fois, elle entraîne le voyageur dans un intrigant jeu de répulsion-séduction.
Par France Gavroy

Mumbai est une fourmilière. Elle grouille de monde, partout, jusque dans la plus petite ruelle et la plongée dans ce fouillis peut s’avérer impressionnante une fois la porte de l’hôtel franchie. Mais Mumbai est un chaos fascinant, bien huilé -héritage britannique oblige- où tout le monde arrive finalement à se faufiler, où les dernières technologies se marient avec d’étranges archaïsmes, où les millionnaires côtoient les bidonvilles et où le beau se mélange au délabré. Deux jours permettent de se faire une bonne vision de l’une des mégapoles les plus dingues de la planète.
Jour 1
10h15 : Chhatrpati Shivaji Maharaj Vastu Sangrahalaya ou Prince of Wales Museum.
Lové dans son parc arboré, le musée du Prince de Galles est l’un des immanquables de Mumbai. Dessiné par George Wittet, également architecte de la Porte de l’Inde, cet édifice est un magnifique exemple du style indo-sarracénique. Un audioguide, disponible également en français, permet de cerner toute la finesse des oeuvres présentées. Le rez-de-chaussée s’ouvre sur une statuaire du panthéon hindou et bouddhiste. Aux étages, des collections d’art chinois et japonais mais aussi une collection de tableaux du 19e siècle de la famille Tata. Après la visite, on s’offre une pause rafraichissante à la cafétéria. Sans oublier un détour par la boutique, pour le coup vraiment intéressante.
12h30 : Autour du musée, le quartier de Kala Ghoda est l’un des plus branchés de la ville. Ici, galeries d’art, musées et boutiques de créateurs se mélangent aux bâtiments victoriens et coloniaux. En longeant Mahatma Gandhi Road, on découvre l’Université de Mumbai, sa bibliothèque mais surtout la tour de l’horloge (Rajabai Clock Tower), inspirée de Big Ben. Dans les parcs, les jeunes s’adonnent au cricket, le sport national.
13h30: On ne vient pas en Inde sans goûter la cuisine de rue, comme celle du Bademiya (19A Ram Mention, www.bademiya.com).
14h30 : Taj Mahal Palace et The Gateway of India, icônes de l’ère coloniale.
Cap sur quartier de Colaba, le plus au sud de la ville, pour découvrir les deux monuments les plus emblématiques de Mumbai. A commencer par l’hôtel Taj Mahal, sans doute l’édifice le plus photographié de la ville. Il fut et reste la grande fierté de la famille d’industriels parsis Tata. Construit en 1903 sous l’impulsion de Jamsetji Nusserwanji Tata, il fut le premier hôtel du pays à se doter de l’électricité et à employer des femmes. Il hébergea par la suite gratuitement les combattants lors des conflits pour l’indépendance du pays. Aujourd’hui, il n’a rien perdu de sa superbe et accueille célébrités et chefs d’Etat. Si on est client, ne pas manquer la visite guidée, chaque jour à 17h.

16h : A un jet de riz, la Gateway of India (Porte de l’Inde) s’élève face au port et sa flotille de bateaux. Erigée pour commémorer la visite du Roi Georges V et de la reine Mary en 1911, cette gigantesque arche de basalte jaune fut paradoxalement la porte de sortie des derniers régiments britanniques quittant le pays après l’indépendance. Aujourd’hui, il faut s’armer de patience pour traverser les cordons de sécurité et approcher le monument de 26 mètres de haut. C’est aussi d’ici que partent les bateaux vers l’île d’Elephanta et ses temples creusés dans la roche. La visite de ce site classé au patrimoine de l’Unesco prend au moins une demi- journée et peut se prévoir pour un plus long séjour.
17h : Mani Bhavan, la maison de Ghandi
Dans un quartier très calme, proche du très chic Malabar Hill, une petite maison pleine de charme a abrité le Mahatma Gandhi lors de ses visites à Mumbai. On y découvre sa chambre où aboutira sa réflexion et d’où naîtra sa philosophie du satyagraha. Le musée comprend de petites scénettes sur la vie de Ghandi mais surtout des écrits insolites, comme ses lettres à Hitler ou Roosevelt.
19h : On s’offre une portion de bhelpuri (riz soufflé, rondelles de pâtes frites, lentilles, oignons et fines herbes) à l’un des stands sur la plage de Chowpatti toute proche.
Jour 2
8h : Chhatrapati Shivaji Terminus
Classée au patrimoine mondial de l’Unesco, cette gare ferroviaire, anciennement nommée Victoria Terminus, est l’un des bâtiments les plus étonnants de Mumbai. Savant mélange de styles hindou, victorien et islamique. Lorsque la mousson arrive et que les pluies torrentielles tombent sur la ville, ses étonnantes gargouilles à têtes de chiens font jaillir l’eau telle une fontaine monumentale.
8h30 : Crawford Market ou Mahatma Jyotiba Phule Mandai
Dans le quartier des bazars se trouve le plus grand marché de Mumbai et sans doute le plus typique. Le bâtiment principal, de style colonial, arbore toujours son étonnante tour de l’horloge ornée de sculptures. Dans un dédale de ruelles où se lovent aussi quelques temples, on trouve toutes sorte d’épices, de fabuleux étals à fruits et légumes mais aussi de l’artisanat. La foule est impressionnante et il faut jouer des coudes avec les autres piétons, les voitures et les vélos. Envie de plus d’emplettes ? D’autres marchés sont adjacents.
10h : Dabbawallahs et Dhobi Ghat
Dans la gare de Churchgate, le ballet incessant des Dabbawallahs, livreurs de repas, a déjà commencé (il en est d’ailleurs de même à Chhatrapati Shivaji Terminus). Chaque jour, prêt de 5000 livreurs collectent les repas chauds dans les maisons ou les restaurants et les acheminent à leurs destinataires : les travailleurs de tous bords. Une véritable fourmilière qui traverse la ville en train, à vélo et à pied… avec une marge d’erreur tellement infime qu’il s’agit du système de livraison le plus sûr au monde.
10h30 : De la gare de Churchgate, on emprunte le train direction Mahalaxmi. Femmes ou hommes, chacun dans son wagon. Chaque compartiment est pourvu d’un système de ventilation étonnant: ventilateurs au plafond et portes grandes ouvertes. Et attention : le train ne s’arrête que 20 secondes en gare et repart directement.
11h : Arrivé à Mahalaxmi, en-dessous du pont ferroviaire, on aperçoit le Dhobi Ghat, un lavoir à ciel ouvert vieux de 140 ans. Ici, ce sont les hommes qui battent le linge -par tonnes- dans les 1026 cuves à laver.
12h : Rien ne vaut une petite assiette de chicken tikka biryani ou des kebabs au feu de bois au Café Noorani (Tardeo road, face au Heera Panna Shopping Center, www.cafenoorani.com).

14h : Le bidonville de Dharavi (train de Churchgate à Mahim).
Loin des clichés véhiculés par le film de Danny Boyle « Slumdog Millionnaire », ce bidonville de Mumbai -le deuxième plus grand d’Asie- est bien plus organisé qu’il n’y parait. Près d’un million de personnes vivent dans cette véritable ruche. On ne saurait trop conseiller de faire sa visite en compagnie d’un guide local. Ici, pas de photos, sauf si l’on vous y autorise mais en revanche, on s’assure une plongée dans la vie surprenante de cette ville dans la ville. Chaque quartier a développé sa propre activité : certains recyclent des métaux, d’autres font de la poterie, il y a aussi des tanneurs et beaucoup d’autres petites industries. Certaines entreprises exportent même leur produit à l’étranger. Aussi incroyable que cela puisse être, le chiffre d’affaire de Dharavi atteint les 700 millions de dollars par an! On est très loin de l’image d’extrême pauvreté et insalubrité que l’on s’imagine. Certes, sa population n’est pas riche mais tous ont une occupation. La vie des bidonvilles est très normalisée : écoles, électricité, lieux de culte, certains payent même un loyer. L’habitat est éclectique : de la cabane en tôle ondulée à la structure à étages en béton. Le vrai défi reste l’approvisionnement en eau. Autre fait marquant : le taux de réussite scolaire est plus élevé ici que dans les campagnes, de nombreux enfants suivent des études supérieures et trouvent un travail dans de grandes sociétés internationales. Si vous leur demandez où ils rêvent de vivre, ils vous répondront sans hésitation « ici », dans leur quartier du bidonville. Ce sont d’ailleurs ces jeunes qui guident avec fierté à travers ce dédale et 80% des bénéfices de la visite sont réinvestis dans l’aide sociale de Dharavi.
19h : Bombay Canteen (Process House, Kamala Mills, SB rd, www.thebombaycanteen.com) sert une une cuisine indienne issue des quatre coins du pays mais réinventée par des virtuoses déjà plusieurs fois primés.
21h : Bollywood
Rendez-vous au Liberty Cinema (41-42, Marine Lines) pour une toile. Mais aussi pour profiter de sa magnifique architecture Art déco. Ouvert en 1947, année de l’indépendance de l’Inde, son propriétaire n’a pas eu à beaucoup chercher pour lui trouver un nom. Mumbai est réputée pour son industrie cinématographique, la plus importante de la planète. Bollywood produit chaque année plus de 1000 films, pour la plupart des comédies musicales, qui sont de plus en plus exportés dans le monde entier. Ici, les stars du grand écran sont adulées et l’on retrouve les visages des acteurs les plus connus sur des affiches publicitaires partout dans le pays. Des circuits permettent de visiter certains studios mais ils exigent quasi une journée. En réalité, pour découvrir le 7e art indien, rien ne vaut une vision dans l’un des nombreux cinémas de la ville et de s’y installer parmi les locaux. Malgré la barrière de la langue, on est surpris d’arriver à comprendre assez facilement l’intrigue.
