Du 26 avril au 9 novembre, LILLE 3000 fera à nouveau vibrer la capitale des Flandres, cité chérie des Belges qui ne s’y rendent parfois que pour la journée. Non, il n’y a pas que la braderie dans la cité médiévale devenue métropole moderne. Visite guidée.
Par Béatrice Demol

Les bières, les fromages, les endives, les frites ? Les vins et les sodas moins chers ? Parce qu’on parle français dans les boutiques ? Quand on les questionne, les Belges croisés à Lille évoquent « un état d’esprit et un accueil plus proche de nous que des Parisiens ». Et paf. Mais aussi une destination shopping bien équilibrée entre les grandes enseignes et les petites boutiques, « avec surtout une offre beaucoup plus large qu’en Belgique ». Et re-paf. Enfin, nos compatriotes, à peu près 15% des visiteurs étrangers, ceux qui pestent contre nos chaussées délabrées, adorent trébucher sur les pavés des rues de la Vieille-Ville de Lille. Ils adorent la gigantesque braderie du premier week-end de septembre, le plus grand marché aux puces d’Europe. Et nombreux sont ceux qui cumulent avec Lens et Roubaix pour des visites encore plus culturelles.
Premier jour: le Vieux Lille
Quand on se promène au fil des siècles et de l’histoire mouvementée de la capitale des Hauts de France, on y apprend que c’est un Baudouin V qui, en 1066, officialisa l’existence de la ville qui n’était alors qu’un petit port sur la Deûle, un affluent de la Lys. Petit bourg, mais déjà carrefour commercial et objet de beaucoup de convoitises et d’assauts – les Espagnols, les Bourguignons, les Germains, les Autrichiens, les Français qui ont tous contribué à étendre l’enceinte fortifiée en partie signée Vauban. Aujourd’hui, personne ne se formalise de ses 18 kilomètres de frontière avec la Belgique, avec d’un côté les flamands de Courtrai et de l’autre les francophones de Mouscron.
MELTING POT ARCHITECTURAL
Quatre siècles d’histoire et d’architecture sont concentrés sur et autour de la Grand Place. L’immeuble de La Voix du Nord, la Vieille Bourse et le Théâtre du Nord portent les signatures des bâtisseurs des 16ème, 17ème et 18ème siècles, néoflamand, romantique ou classique, avec des touches d’art-déco. Ce melting-pot architectural se perpétue d’un côté sur la Petite Place sur laquelle s’imposent l’Opéra et le Beffroi de la Chambre de commerce. De l’autre côté, après le Passage Rihour et un stop à la brasserie La Chicorée, la place et le palais du même nom datent du 15ème siècle.
Les estaminets et les bouquinistes qui s’insinuent entre ces bâtiments classés humanisent ces esplanades à l’architecture impressionnante. Car Lille est aussi une ville qui aime les livres. Entre les 7.000m2 du Furet du Nord et les 65m2 de La Chouette, on peut encore pénétrer avec délice dans une vingtaine de librairies – un exploit pour un commerce en voie de disparition.

UNE VILLE DECOMPLEXEE
Sur la Petite Place, le beffroi de l’hôtel de ville, le plus haut campanile civil d’Europe,104 mètres et 415 marches, ou l’ascenseur, offre une vue à 360° de la ville et jusqu’aux corons quand le ciel est dégagé. L’audacieux mariage entre art-déco et néoflamand tranche avec la cathédrale Notre Dame de la Treille, érigée un peu plus loin et dont la façade résolument contemporaine ravive une ancienne chapelle néogothique. Vitraux, marbres, verres et bronzes sur une structure métallique à l’extérieur. Mosaïques illuminées par un immense lustre en acier à l’intérieur. Sur le parvis des terrasses et des bistrots et, presqu’en face, l’étoilé Michelin Pureté qui, comme l’édifice religieux, s’affiche « décomplexé ». Le long chantier de 145 ans a incité ce mix entre un style moyenâgeux et le modernisme et illustre plutôt bien l’ambiance générale de la ville qui respire les siècles passés mais célèbre résolument l’art contemporain et moderne.
UNE VILLE D’HISTOIRE
Autour de ce centre historique et névralgique, des ruelles où les plus vieilles habitations de la ville, jusqu’au 12ème siècle, alternent avec des constructions en briques colorées. Le quartier aux allures de labyrinthe invite à se perdre entre les boutiques de créateurs et les salons de thé – il y aura toujours le sommet du beffroi pour retrouver son chemin. De nombreux artistes et artisans ont installé leurs ateliers aux rez-de chaussée de la rue des Vieux Murs qu’on emprunte jusqu’à la Place aux Oignons et la rue de la Monnaie. C’est dans cette rue, qui mène aux gares, qu’une discrète cour intérieure abrite le musée de l’Hospice Comtesse. Ancien hôpital logé dans l’enceinte du château de la comtesse Jeanne de Flandres pour accueillir les déshérités, le musée d’art et d’histoire de la ville accueille expos temporaires modernes et une galerie permanente consacrée aux comtes de Flandres et aux ducs de Bourgogne – pour comprendre la ville.

UNE VILLE GOURMANDE
De l’autre côté, les quartiers commerçants, rue Esquermoise, rue Neuve et rue de Béthune, le shopping de luxe, les artistes tendances et une quantité incroyable de maisons de bouche : restaurants gastronomiques ou bistrots où l’on sert aussi à manger, pâtisseries, boulangerie où l’on déguste autour des petites tables posées devant le comptoir. On fait la file devant chez Meert (c’est encore mieux d’y entrer, l’adresse est classée) pour goûter les gaufres fourrées à la vanille, les préférées du général De Gaulle. Ou devant Merveilleux, pour vérifier si ces délices bien belges sont aussi bon que chez nous. Ou encore devant L’Impertinente, le « cabinet de mignonneries » spécialisé en cookies géants. S’il vous reste quelques euros, vous pouvez entrer dans la boutique Louis Vuitton, rue des Chats Bossus. Sinon, l’extérieur, inscrit aux Monuments historiques, vaut le détour.

Deuxième jour: la nouvelle ville
Rien n’est jamais loin à Lille, qu’on visite à pied. D’autres sites emblématiques valent de s’écarter un peu du centre. Le Palais des Beaux-Arts est tout de même le deuxième plus grand musée de France, après le Louvre. Il fait partie de ces établissements culturels qui scénarisent leurs collections pour mieux les mettre en avant à l’heure du temps compté et du numérique. Là, le Moyen Age s’anime, les peintres flamands se découvrent sur de la musique contemporaine et Games of Thrones remet au goût du jour Saint-Georges et son dragon.
WAZEMMES, UN PEU BOBO
Plus folklorique et très tendance, le marché de Wazemmes est une expérience. Autour des Halles, on s’y rend le mardi, jeudi et dimanche matin, pour acheter du poulet, des biscottes, un parasol, des oranges, des vêtements, un sèche-cheveux, des épices, … avant de refaire le monde à la terrasse d’un des bistrots tout autour des échoppes ou d’aller regarder une pétanque sur la place de la Casquette. C’est dans ce quartier gentiment décalé, un peu bobo, qu’une église, Saint-Pierre-Saint-Paul, abrite, dans sa crypte, un club d’escrime. Si vous consultez un guide, vous pourrez briller avec cette anecdote : d’Artagnan fut maitre d’armes dans cette salle avant de devenir gouverneur de Lille.

EURALILLE
En revenant vers les gares, le site Saint Sauveur, toujours en réflexion urbanistique, propose des événements artistiques, une ferme urbaine et un étrange monument aux pigeons voyageurs morts pendant la Première Guerre mondiale. Puis, le nouveau Lille dévoile le terrain d’aventures des architectes contemporains, dont Jean Nouvel : Euralille. On repère facilement la nouvelle cité en levant la tête vers son gratte-ciel en forme de botte, recensé parmi les plus beaux skycrapers du monde… Cité administrative, centre commercial, immeubles de logements, quartier d’affaires stratégiquement posé entre les deux gares internationales, c’est, paraît-il, le futur de la ville. La volonté est de le relier au centre, intellectuellement et physiquement.

CULTURE ET PETITS POUMONS VERTS
En rapatriant des événements culturels et festifs, Euralille progresse sur le terrain de l’intérêt culturel. Le Tri Postal, temple de l’art contemporain, affiche une programmation très attractive qui aime interroger toute la sphère artistique internationale. Toute cette année, il accepte en dépôt les œuvres du Centre Pompidou à Paris qui ferme pour cause de travaux. L’expo Pom Pom Pidou, à l’occasion de Lille3000, annonce des compositions percutantes.
Avec le parc Matisse, face à la place Mitterrand dont la statue évalue le projet qu’il avait encouragé, Euralille relie physiquement cet espace moins glamour au centre de la ville en rejoignant le Jardin public de la Citadelle, un parc de 110 hectares célèbre pour ses concerts en plein air. Quelques autres poumons de verdure, souvent aménagés pour favoriser des déambulations artistiques, ponctuent la ville. Le Jardin des plantes et sa Fête du printemps, le Jardin de la paresse ou le Jardin des géants. Jusqu’aux forêts qui, à l’horizon, dominent les terrils, également accessibles en transport en commun. Face à l’Histoire, on dit que les Lillois appellent à plus de nature. Ce qui rime aussi avec futur.

Troisième jour: le Grand Lille
Certains sites méritent de s’éloigner une journée de la métropole. Roubaix, Tourcoing et Lens sont toujours accessibles en train, tram et métro. Il faut parfois marcher un peu mais c’est aussi le privilège de ces escapades : ne pas devoir prendre une voiture.
LA VILLA CAVROIS
Elle était l’emblème de l’avant-gardisme architectural des années trente. Elle a servi de caserne allemande pendant la guerre, puis a connu l’abandon, les pillages et le squattage. Les plans et les maquettes n’ont pas tous été conservés, les meubles et les objets ont été disséminés de par le monde, les photographies d’époque sont rares. Sa restauration est un exploit, les détails sont exceptionnels, jusqu’aux chaudières et aux chaises de cuisine. Au point qu’on ne fait pas la différence entre les pièces d’origine remises en état, les nombreuses répliques fabriquées avec les matériaux et le savoir-faire d’origine, les rénovations à l’identique et les quelques pièces d’origine qu’on continue de récupérer.
L’extérieur n‘est pas en reste, avec les détails précis de la façade ou du jardin, de la piscine et des caves dans lesquelles une matériauthèque aide à comprendre le choix et l’impact architectural des matières utilisées – acier, béton armé et briquettes pour l’extérieur, parquets, lambris, marbres ou miroirs pour l’intérieur. Les jeux de lumière, les baies vitrées qui relient les espaces extérieurs et intérieurs, les pleins et les vides et les lignes pures expriment cet art moderne qui dépouille l’art déco à l’honneur à l’époque. Une merveille, parfois investie par des créateurs contemporains, sculpteurs, photographes.

LA PISCINE DE ROUBAIX
Municipale, elle est devenue iconique pour la très belle restauration de son bassin et des cabines devenues espaces d’expositions. C’est le Musée d’art et d’industrie André-Diligent. Contemporaine de la Villa Cavrois, elle représentait un des rares lieux où toutes les couches sociales se rencontraient presque dans leur plus simple appareil. On allait nager mais aussi se laver et parfois tenir des débats dans les bains de vapeur ou les salons de coiffure et de pédicure.
L’art-déco suinte sur les murs et à travers les cabines, et la nostalgie ne résiste ni aux concerts, ni aux collections permanentes et aux expos plus contemporaines qui y sont régulièrement programmées. Le Louvre y tient des ateliers et Meert propose ses pâtisseries dans un salon de thé.
Proche, le Grand Bassin est un collectif de créateurs qui profitent de la proximité de La Piscine pour exposer leurs œuvres, pièces, vêtements, meubles, livres. Plusieurs fois par an, un joyeux vide-greniers permet d’acquérir des pièces à moindre prix.

LE LOUVRE-LENS
Il est un peu plus loin mais le métro et le train assurent un trajet en mois d’une heure. Le deuxième Louvre, repensé l’an dernier, mise sur des initiatives modernes et interactives.
Nouveauté : la Galerie du Temps propose désormais 250 œuvres nouvelles pour brasser 5.000 ans d’art et d’histoire de façon chronologique et plus sous l’angle géographique. La mise en lumière, au propre comme au figuré, des pièces en provenance du Louvre et d’autres musées, les informations (fiches pédagogiques, supports numériques) sont accessibles à tous les publics et des visites en langue des signes avec un humain et pas uniquement sur smartphone, sont organisées. Surtout, l’entrée est gratuite pour tous.
Jusqu’en juin, le Pavillon de Verre accueille des œuvres de l’artiste Roméo Mivekannin. Ses superbes réinterprétations, sur d’immenses toiles sans cadres, de quelques œuvres majeures – comme Le Radeau de la Méduse – interpellent sur la présence des personnes noires dans l’histoire de l’art. Presqu’indispensable.

Pendant 6 mois
Toutes ces visites et rendez-vous culturels seront exaltés par la 7ème édition de Lille3000 qui transformera la ville en immense scène artistique, ludique et dynamique du 26 avril au 9 novembre 2025.
LILLE3000 FIESTA
La grande manifestation continue son exploration des méandres de l’art contemporain en choisissant, cette année, de répondre au monde actuel brouillé par un appel au collectif : FIESTA tourne le dos à l’individualisme et à la morosité ambiante.
FIESTA, c’est la fête sous toutes ses formes, ensemble, des rencontres, des créations interactives, tout ce que la culture peut réaliser pour retisser le lien social. Des projets de quartier, des parades familiales, des rencontres littéraires, des événements internationaux, des fêtes populaires, des sons et lumières, l’accès pour tous, des programmes partagés par tous, privés, institutionnels, salles intimes, musées, théâtres, cinéma, opéra, écoles. Cela s’annonce doux et fou, avec Philippe Katerine comme mascotte humaine qui déclinera son Monsieur Rose (porte-bonheur en pâte à modeler) en sculptures géantes gonflables ou sculptées. N’échappons pas à ce grand bain de fête et de culture !
Vive le mignonisme ! Du 26 avril au 9 novembre partout dans la ville.

Plus d’infos:
Nous avons mis 34 minutes en TGV depuis Bruxelles à un tarif défiant toute concurrence. Toutes les autres grandes villes belges sont à moins de deux heures de Lille. Sur place, un très bon réseau de transports publics plaide pour un véritable city trip pédestre.
Un CITY PASS 24h ou 72h avec ou sans transport public – train, bus, métro, trains régionaux – est gagnant à tous les coups. 27 activités et visites intra-muros agrandi (la Piscine ou le MUBA à Tourcoing) pour le premier, et avec 11 sites régionaux supplémentaires pour le second (Louvre-Lens, Arras, Dunkerque ou Douai). Un city tour et la visite guidée du Vieux Lille sont inclus. Attention, de nombreux musées sont fermés le mardi.