Peintres, écrivains et poètes, tous ont vanté les beautés des Dolomites. C’est que l’on trouve ici quelques-uns des plus beaux paysages de montagne de la planète. A quoi s’ajoutent neige et ensoleillement abondants mais aussi un art de vivre particulièrement séduisant.
Par Eric Vancleynenbreugel

Allemand ou italien ? Lorsque je lui demande quelle est sa langue maternelle, le chauffeur de taxi qui nous conduit de l’aéroport de Bolzano vers le Val Gardena me répond : « aucune des deux, je parle le ladin. Nous ne sommes que quelques milliers mais dans mon village d’Ortisei, tout le monde le parle. C’est une langue très ancienne et peu répandue qui serait de la même famille que le rhéto-romanche des Grisons, » poursuit-il. Le Sud-Tyrol est, on s’en aperçoit vite, un étonnant patchwork de langues et de traditions. Ce que confirme ensuite Veronika, notre guide, lorsqu’elle nous emmène à la découverte du domaine skiable qui s’étend sur une vaste zone au pied des célèbres montagnes Plattkofel et Langkofel. Si elle parle allemand à la maison, elle explique que souvent ici, on débute une conversation dans une langue avant de poursuivre dans une autre et en ajoutant au passage quelques mots d’une troisième… C’est dire si ici, on arrive toujours à comprendre et se faire comprendre d’une façon ou d’une autre!

Remparts roses
Sublimes, les paysages du Sud-Tyrol! C’est peut-être la première raison d’y aller : la nature y est tellement incroyable. Certaines montagnes semblent jaillir du sol avec des pentes d’une verticalité inouïe pour s’achever en sommets… aplatis. D’autres pics sont si ciselés et biscornus qu’ils semblent presque artificiels. Et dès l’instant où les rayons du soleil levant ou couchant les effleurent, les roches dolomitiques se teintent de pourpre et de rose avant de virer au violet. Ce phénomène est tellement unique qu’il a pris un nom : «l’enrosadira». Rien d’étonnant si Reinhold Messner, premier alpiniste à avoir conquis l’ensemble des 8000 mètres de la planète, les considère comme «les plus belles montagnes du monde». En 2009, l’Unesco a décidé de lui emboîter le pas et de classer une partie des Dolomites en tant que site naturel du patrimoine mondial.

Knödel et spaghetti
Les Dolomites, un décor exceptionnel pour les sports de glisse. L’empereur François-Joseph venait déjà y skier à la fin du 19e siècle, dans ce qui deviendra la station de Madonna di Campiglio. Chaque année fin février, un carnaval des Habsbourg renoue avec cette histoire. Hussards, dames en troïka, charrettes anciennes, tous les costumes d’époque sont bien sûr de rigueur, et certainement pour les participants au Grand Bal de l’Empereur (dont l’entrée est ouverte à tous) qui se tient invariablement au Grand Hôtel des Alpes, dans la prestigieuse salle Hofer !

Historiquement, c’est donc dans ces splendides montagnes que le ski s’est développé en premier lieu en Italie. Et on comprend encore mieux pourquoi en parcourant les pistes. A commencer par l’Alpe di Suisi, un domaine skiable s’étendant sur le plus vaste alpage d’Europe, à 2000 mètres d’altitude au-dessus du Val Gardena. Ici, on skie soit sur de très larges pistes, soit entre les arbres. Un espace très apprécié des familles pour ses pentes agréables mais pas trop raides, ses refuges d’alpage en bois patiné par le temps et où l’on se restaure de ce que la région produit de meilleur. Avec cette nuance que dans le Sud-Tyrol, la culture de la table, savoureuse et généreuse, réunit knödel et spaghetti. Jambons fumés, vins, fromages et pain fait maison, généralement aromatisé (de graines de carvi par exemple), auxquels s’ajoutent toutes les spécialités et l’ambiance typiquement italiennes dont les familles raffolent.

Les skieurs plus expérimentés (sans pour autant devoir être un champion) pourront tenter un célèbre parcours à ski d’une journée autour du massif de Sella, la montagne qui culmine à plus de 3000 mètres jute en face de Santa Cristina. Ce « Sella Ronda» passe à travers les domaines d’Alta Badia, du Val Gardena, du Val di Fassa et d’Arabba, sur un peu plus de 23 kilomètres de pistes. Pour passer de vallée en vallée, il faut emprunter une quinzaine de remontées mécaniques. Un périple qui n’a rien d’une trouvaille de sportif en mal d’exploit. Autrefois, les habitants du cru n’avaient comme moyen de rejoindre les autres villages et de faire un peu de commerce que leurs deux planches en bois et une bonne dose de courage puisque les remontées mécaniques n’existaient pas ! Aujourd’hui, ce n’est que du pur bonheur, une randonnée exquise de vallée en vallée qui offre en prime des vues à couper le souffle sur cette merveille de montagne.

Berceau de la « via ferrata »
Dans les villages qui s’égrènent tout au long du Val Gardena, on ressent l’influence de l’Autriche toute proche dans l’hébergement, dominé non par les grands immeubles mais par des chalets de taille moyenne. Dont les façades sont colorées de tons pastels et souvent ornées de fresques.

L’après-ski est une institution en Italie : shopping avant tout, détente aussi puisque la plupart des hôtels de la région proposent un spa. Et puis tous les sports de glisse et, surtout, les randonnées en raquettes, très populaires pour admirer les paysages sauvages et les découpes tellement insolites de ces montagnes uniques au monde. Sans oublier la « via ferrata ». Saviez-vous d’ailleurs qu’elle est née ici, dans ces montagnes, durant la première guerre mondiale ? Sur ce qui était alors la frontière avec l’Autriche-Hongrie, les soldats des deux camps avaient imaginé et installé un incroyable réseau de câbles et d’échelles métalliques permettant de parcourir plus rapidement les parois vertigineuses. Aujourd’hui, l’un de ces parcours permet d’atteindre facilement (en 5 heures tout de même) le plus haut sommet des Dolomites, la Marmolada, qui longtemps marquait la limite entre Italie et Autriche.

Pour l’heure, il reste à profiter de quelques-unes des nombreuses heures d’ensoleillement dont jouit le Sud-Tyrol (plus de 300 jours de soleil par an!) avant de reprendre le très pratique vol direct Bolzano-Anvers.

Carnet de voyage:
Y aller : Vols directs SkyAlps Anvers-Bolzano. A noter que le Sud-Tyrol compense le CO2 de chacun de ces vols ! www.skyalps.com.
Loger/manger :
- Hôtel Vitalpina Dosses, Santa Cristina, www.dosses.it. Enormément de charme, tenu par la même famille depuis des générations. Spa pour l’après-ski.
- Hôtel Mirandola, Loc. Ospizio 3, 38020 Passo Tonale, www.lamirandolahotel.it. Un ancien hospice à proximité d’un col aujourd’hui converti en superbe hôtel au charme indéniable. La vue est à couper le souffle et, ce qui ne gâche rien, on est au bord des pistes. Et il y a un spa pour l’après-ski.
- Hôtel Chalet del Brenta, 38086 Pinzolo, www.hotelchaletdelbrenta.com. Une adresse contemporaine sur le domaine de Madonna di Campiglio avec, encore une fois, un spa dans les règles de l’art.
- Gostner Schwaige, www.aussergost.com/de/gostner-schwaige. Chalet d’alpage et laiterie/fromagerie pour une halte gourmande au soleil.
Skier : le domaine « Dolomiti Superski » couvre tout le cœur du massif. www.dolomitisuperski.com.
Plus d’infos : www.suedtirol.info.


Photos: Süd Tirol-Alto Adige