Saturée de couleurs, pétrie de musique et de traditions, la Bolivie est paradoxalement l’un des pays les moins connus du continent sud-américain. Et c’est aussi ce qui en fait tout le charme. Reportage en 7 étapes dans une destination incroyable, aventurière et franchement touchante.

Par Eric Vancleynenbreugel

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Santa Cruz, la Bolivie tropicale

Vol direct Air Europa depuis Madrid et première escale à Santa Cruz. Dès la sortie de l’avion, on est happé par une bouffée d’air tiède. Nous sommes ici dans la partie tropicale du pays : climat chaud et humide tout au long de l’année, végétation luxuriante et, surtout, ambiance très caliente. Santa Cruz était jusque dans les années ’70 une bourgade sans importance. Elle a depuis connu une croissance inouïe, au point de devenir la ville la plus importante du pays. Son urbanisme nous ramène en Amérique du Nord avec des rues tracées au cordeau et des quartiers s’étirant en anneaux concentriques. C’est unique en Bolivie. Son cœur historique, vestige de l’époque coloniale, se concentre autour de la Plaza 24 de Septiembre, bordée de la cathédrale. Il y a beaucoup de points d’intérêt tous proches. Comme par exemple le Parque regional Lomas de Arena, à quelques kilomètres de la ville, où s’élèvent d’immenses dunes de sable blanc accumulé sur les rives de la rivière. Et dans les replis, des lagunes pour la baignade et le kitesurf. C’est aussi dans cette région que Che Guevara initia une révolution bolivienne et qu’il y trouva la mort. Les plus fervents admirateurs pourront suivre la «Ruta del Che » qui débute ici.

Photos 1 Santa Cruz

Tarija : raisin et ‘chunchos’

Une autre pépite méconnue, à l’extrême sud de la Bolivie. Nous sommes ici déjà sur les contreforts des Andes et l’altimètre affiche 1870 mètres. Le climat lumineux et doux rappelle un peu celui de l’Andalousie -c’est d’ailleurs le Guadalquivir qui arrose Tarija. Il a permis d’y planter des vergers d’orangers et, surtout, de la vigne. Eh oui, nouvelle surprise, la Bolivie produit de très bons vins, certains hautement primés dans les concours internationaux. Cépage star : le tannat. Le même qui a fait le succès du vin uruguayen. Sauf qu’ici, les raisins sont particulièrement riches en tanins et en arômes bien soutenus. Grâce à l’altitude et à l’exposition intense aux ultraviolets. Le raisin bolivien permet de produire une autre spécialité qui couronne chaque fête et chaque repas : le singani, une eau-de-vie distillée plusieurs fois. Les Boliviens la boivent pure ou en cocktail. La tournée des bodegas est donc un must. Mais alors, que dire du carnaval et de la Fête de Saint-Roch, patron de Tarija. Début septembre, c’est la fièvre qui s’empare de la ville. Des milliers de ‘chunchos’ aux costumes ultra chatoyants, masqués et coiffés de plumes (qui font furieusement penser aux Picaros de Tintin) défilent dans les rues au rythme d’étranges instruments traditionnels. Une fête intense et colorée qui s’étire sur plusieurs semaines.

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La Paz, la ville qui monte et qui descend

Escale haut perchée et parfois éprouvante où le corps se retrouve souvent à bout de souffle. Mais peut-on rester indifférent face à une ville comme La Paz ? Qui aurait osé imaginer qu’une mégapole puisse s’installer dans de telles conditions ? Certains quartiers affichent une altitude de plus de 4000 mètres, les rues s’élancent parfois sur des pentes hallucinantes. La Paz est une ville surréaliste où finalement rien ne suit les codes classiques : les quartiers riches sont en bas tandis que les zones plus pauvres sont sur les hauteurs, là où l’air se fait plus rare et froid. Le métro étant impossible à creuser avec ce relief, un ingénieux réseau de lignes de téléphériques survole désormais la ville et enjambe les sommets et les ravins. La ligne bleue -15 km- est même la plus longue de la planète. Pas de plan urbanistique, les petites maisons de briques (et de broc) s’élèvent partout, même sur des terrains qui semblent impossibles à construire. La Paz monte et descend sans discontinuer -pensez-y lorsque vous planifiez des visites à pied-, cerclée de tous côtés par des centaines de sommets, parfois couverts de glaciers, qui culminent souvent à plus de 6000 mètres. Ne manquez pas le vieux quartier colonial, dont il ne reste qu’une ou deux rues aux maisons colorées. Et la Plaza Murillo, où la garde indique l’entrée du palais présidentiel. Observez bien l’horloge qui s’élève au milieu, elle a été inversée -depuis 2014- en signe d’émancipation du joug des pays du Nord. Et puis n’oublions pas les marchés, inépuisables sources de scènes de vie chamarrées. Et plus particulièrement le marché des sorcières, où sont proposés potions, pierres magiques et autres objets aux propriétés mystérieuses.

Photos 3 La Paz

El Alto, plus près du ciel

Toujours plus haut ! Comment le croire ? Au-dessus de La Paz, sa jumelle El Alto culmine à… 4200 mètres. A l’origine, les pauvres et les mineurs sans travail qui immigraient à La Paz venaient s’installer sur les hauteurs glaciales et battues par les vents où les terrains sont moins chers. Petit à petit, une nouvelle ville est née, la plus haute de la planète, principalement peuplée d’Aymaras. El Alto n’existe que depuis 38 ans mais elle est déjà la seconde métropole du pays en importance. Un désordre de bâtiments en brique rouge d’où émergent de ci de là des maisons au style exubérant, voire un peu kitsch. Elles sont nées de l’imagination de Freddy Mamani, un architecte aymara qui a développé un style qu’il appelle ‘néo-andin’. Il aime en effet s’inspirer de la culture autochtone pour dessiner des bâtiments de plusieurs étages appelés « cholets », contraction de « chalets boliviens ». Au rez, un commerce, au-dessus des appartements en location et, au dernier étage, le logement du propriétaire. Fascinant à découvrir via une visite guidée des œuvres les plus notables de Mamani.

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Salar d’Uyuni, quand le blanc se fait couleur

La Bolivie cumule les extrêmes et les records. Dont celui du plus grand désert de sel de la planète, perché à 3700 mètres d’altitude. Il s’étend sur plus de 10.000 km2 dans la pointe sud-ouest du pays. Le sel accumulé à certains endroits sur plus de 120 mètres d’épaisseur témoigne de la présence d’une mer préhistorique asséchée il y a 15.000 ans. Ici, on en prend plein les yeux : d’une platitude parfaite, cette étendue immaculée reflète un soleil d’altitude quasi omniprésent. Blanc pur, ciel azur, contrastes parfaits pour des photos presque surréalistes. Des pistes invisibles pour le non initié permettent de s’enfoncer, en roulant d’étape en étape sur la croûte de sel, jusqu’au cœur du salar. Avec des arrêts tantôt historiques -un incroyable cimetière de trains-, tantôt géologiques -sources chaudes et mares bouillonnantes- ou tantôt plus ludiques -sculptures géantes en sel-, dont cet escalier vers le paradis qui offre à son sommet une vue sublime sur l’immensité laiteuse. Ou encore cette petite île émergeant du sel et où poussent des cactus géants. Les quelques hébergements que l’on y trouve ont été construits avec le matériau le plus accessible : des blocs de sel ! Au coucher du soleil, le temps suspend son vol lorsque doucement, le salar vire à l’orange, avant de prendre toutes les teintes de mauve et de bleu à mesure que la nuit tombe. Alors d’un coup, en quelques minutes, la température plonge vers zéro degré.

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La route de la mort… en VTT

A la base, cette route en terre était la seule permettant de relier La Paz à Coroico et au centre du pays. Des cohortes de camions l’empruntaient alors que de nombreux passages n’ont pas la largeur suffisante pour accueillir deux véhicules de front. Les croisements entraînaient de fréquentes chutes dans le ravin. Entre 200 et 300 personnes périssaient chaque année sur la ‘Camino de la Muerte’ que l’on surnommait la route la plus dangereuse du monde. Un nouvel itinéraire asphalté a été ouvert il y a quelques années sur l’autre versant de la vallée, laissant la route de la mort aux vélos et à quelques véhicules desservant les communautés avoisinantes. Une descente en VTT est une expérience ahurissante : le parcours démarre sur les hauteurs glacées, à 4800 mètres d’altitude, sur route asphaltée, de quoi s’habituer à sa bécane et à l’altitude. Une vingtaine de kilomètres plus loin, on emprunte enfin le véritable tracé en terre, les doigts presque en permanence sur les freins. C’est là que les difficultés surgissent : ornières, cailloux et petits rochers, pentes raides qu’il faut gérer à chaque seconde. A mesure que l’on perd de l’altitude, la température se réchauffe et on pénètre d’un coup la forêt tropicale. A certains endroits, des cascades dévalent sur la route, des passages ultra glissants. Outre qu’il faut se sentir à l’aise sur un vélo tout terrain, il faut rester constamment attentif à ses mouvements et maître de sa vitesse. Au final, on passe une journée extraordinaire, au milieu de paysages époustouflants. Autre impératif : sélectionner une agence sérieuse, qui fournit matériel de protection (casque, gants, veste, pantalon, genouillères…) et assistance (guide accompagnateurs équipés de matériel de premiers secours, voiture balai pour ceux qui fatiguent ou jettent l’éponge en cours de route).

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Les mystères de Tiwanaku

Cap cette fois plein ouest, à 70 km de La Paz, direction Tiwanaku. Le site archéologique de cette ville qui fut surtout un sanctuaire religieux s’étend sur l’altiplano, pas très loin du mythique lac Titicaca, au milieu de nulle part. Les Aymaras actuels sont issus de cette civilisation tiwanaku, la plus ancienne de Bolivie, mais dont on connaît finalement peu de choses. Elle connut son apogée entre le 8e et le 12e siècles, juste avant l’émergence de la puissance inca. Seul le site permet d’en savoir plus sur eux et leurs techniques. Ils savaient tailler la pierre comme personne, avec des angles droits parfaits. Et transporter des blocs gigantesques de plus de 100 tonnes sans l’aide de la roue qu’ils ne connaissaient pas. Ils ont imaginé et élaboré un ingénieux système de canalisations. On reste tout aussi stupéfait devant la porte du soleil, taillée d’un seul bloc et dont les reliefs représentent des hommes-condors. Un monument que l’on retrouve dans l’album de Tintin « Le temple du Soleil ». Juste à côté, le monolithe Ponce, aux bras repliés, rappelle les statues polynésiennes. On pénètre encore un autre univers en découvrant le temple semi-souterrain et ses dizaines de masques de pierre. Sans oublier la pyramide en lave des Andes -l’andésite, en partie enterrée et toujours en cours de fouille.

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Carnet de voyage :

Aérien : Air Europa assure des vols quotidiens sur Dreamliner vers la Bolivie (aéroport Viru Viru de Santa Cruz) au départ de différentes capitales européennes avec escale à Madrid. www.aireuropa.com.

Sur place : Sudamerica Tours, spécialiste belge des voyages sur le continent sud-américain, propose de très beaux circuits accompagnés ou individuels. A noter que le TO connaît le continent et la Bolivie sur le bout des doigts et est également expert dans les séjours à la carte. www.sudamericatours.be.

Décalage horaire : -7h en hiver et -6h en été.

Formalités : pour les citoyens de l’UE, passeport valable 6 mois après la date du retour. Pas de vaccin obligatoire.

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