Si cette fête vise avant tout à chasser l’hiver, l’origine des traditions carnavalesques se perd dans la nuit des temps. De l’Europe à l’Amérique du Sud en passant par l’Afrique et l’Amérique du Nord, le Carnaval est, à peu de choses près, devenu universel. Voici notre sélection, entièrement arbitraire mais à 200% festive !



Brésil : les 4 jours fous de Rio
C’est sans doute le plus fou et le plus coloré de tous. Une orgie de plumes, de paillettes et de rythmes endiablés. On dit que le Carioca prend deux choses réellement au sérieux : le football et le Carnaval. Historiquement, ce dernier est l’héritier d’apports amérindiens, européens et africains et est né au début du 19e siècle. Le plus fort de la fête se déroule du samedi au mardi et ces quatre jours, un vent de folie souffle sur Rio la chaude. Samedi, les blocos, sortes de petits ensembles de quartier, envahissent les rues de tous les coins de la ville. Le dimanche, c’est le grand jour des défilés des écoles de samba. Le lendemain, c’est au tour des groupes de danse du Nordeste et d’autres régions du Brésil de s’emparer des quartiers. Et enfin, le mardi, c’est l’apothéose de paillettes et de plumes avec les défilés des grandes sociétés et des chars richement décorés : les « alégorias ».
Le Carnaval donne l’occasion aux blocos et aux écoles de samba de faire reconnaître à travers des concours non seulement le travail de toute une année mais surtout le talent des nouvelles générations. La « bataille » finale entre les meilleures écoles se déroule dans le Sambodrome, oeuvre d’Oscar Niemeyer, l’architecte qui a dessiné Brasilia. Unique au monde, il est fastueusement décoré pour l’occasion et permet d’accueillir plus de 100.000 personnes. Le défilé de certaines écoles dans le ‘Sambodrome’ dure parfois plus de deux heures. Tout au long du parcours, des juges qui ne sont connus qu’en dernière minute pour éviter toute corruption notent les écoles selon des critères très stricts.

Binche : le roi des carnavals
Le carnaval des carnavals belges remonterait au Moyen Age. Les festivités débutent six semaines avant les jours gras avec les soumonces et les bals. Celui du samedi gras est réservé aux enfants. Le dimanche gras est le jour le plus coloré, celui des costumes de fantaisie. La journée du lendemain est celle des jeunes et des enfants : dès 10h, on danse au son des violes ; s’ensuivent des batailles de confettis et à 15h, tous les enfants costumés se réunissent pour former le « Rondeau de l’amitié ». La journée se termine par un grand feu d’artifice. Aucun gille ne manquerait le mardi : durant toute la matinée, les sociétés de gilles, de paysans et de fantaisie (Arlequins et Pierrots) rejoignent la Grand-Place. Le cortège -celui où les gilles portent leur chapeau de plumes d’autruche et lancent des oranges- démarre à 15h et se termine par un rondeau. Vers 20h, le cortège du soir suit le même parcours à la lueur des feux de Bengale. Les paniers sont vides et les Gilles ont enlevé leur chapeau. A la nuit tombée, la Grand-Place s’embrase sous un grand feu d’artifice final.
www.carnavaldebinche.be

Venise : la fête sur terre et sur l’eau
Peut-on trouver plus bel écrin pour un Carnaval que la majestueuse ville de Venise ? Ici, il plonge ses origines loin dans le temps, au moins jusqu’au Moyen Age. Aboli par Napoléon qui craignait son côté subversif, il renaît officiellement en 1980. Aujourd’hui, il attire chaque année des dizaines de milliers de personnes. Certaines traditions propres au Moyen Age sont revenues, comme les musiciens, les acrobates et les jongleurs qui se produisent un peu partout sur les places et dans les ruelles. Autre élément typique de ce Carnaval : les bals qui se tiennent dans les plus beaux palais. Les costumes évoquent quant à eux les modes des 17e et 18e siècles. On peut se les procurer auprès d’ateliers vénitiens qui travaillent encore à l’ancienne.
Tout commence avec une parade nautique nocturne sur le canal de Cannaregio et un défilé en journée sur le Grand Canal. Le samedi précédant mardi gras, la ‘Fête des Maries’ permet d’élire la plus belle femme de la ville, en costume traditionnel bien sûr. Le ‘Vol de l’Ange’ est l’événement remontant au 16e siècle qui signe le début officiel du Carnaval : initialement, un invité, aujourd’hui la Marie de l’année précédente, s’élance suspendue dans le ciel depuis le campanile de la place Saint-Marc. Autres festivités très attendues ensuite : le ‘Vol de l’Aigle’, où cette fois c’est une personnalité qui s’élance depuis le clocher de la Basilique ; les concours des plus beaux costumes ; des concerts et des spectacles en tout genre…
Le mardi gras, la foule se presse vers la place Saint-Marc pour fêter une dernière fois ce Carnaval unique au monde. En fin de journée, le ‘Vol du Lion’ signe la fin des festivités : le drapeau vénitien est alors descendu en grande pompe depuis la flèche du campanile.

Londres : carnaval tropical
Dans les années 50, les immigrés de Trinidad et de Jamaïque prirent l’habitude de se réunir dans les entrepôts du nord de Londres pour danser et jouer des percussions. La fête déborda ensuite en petite procession défilant dans les rues. Aujourd’hui, le carnaval de Notting Hill, qui s’inspire directement du plus grand carnaval des Antilles et des Caraïbes -celui de Trinidad-, est célébré le dernier week-end du mois d’août. D’année en année, il est devenu l’un des plus grands carnavals du monde. Plus de deux millions de personnes déferlent dans les rues dans une ambiance de folie; on y danse dans un véritable méli-mélo de musique aux tempos pimentés, aux rythmes chauds et ensoleillés en droite ligne des Caraïbes. Son autre particularité, c’est qu’il a lieu en plein été, à la fin du moiis d’août.

Dunkerque : t’as pas cent bals ?
Alors que bien souvent, la durée d’un Carnaval n’excède pas la semaine, celui de Dunkerque s’étire sur près de… deux mois! Si l’on remonte aux origines, on retrouve les pêcheurs avant leur départ pour une longue campagne en mer d’Islande : on se défoule avant plusieurs mois de mer. Petit à petit, les agapes se tranformeront en fêtes costumées. De là à ce que cette tradition s’entremêle avec celle d’un carnaval, il n’y avait qu’un pas qui fut franchi avec la naissance de la « Visscherbende », la bande des pêcheurs, sorte de cortège complètement fou qui serpente chaque année dans les rues de la cité portuaire. La bande des pêcheurs a depuis fait des émules et chaque coin de l’agglomération dunkerquoise a aujourd’hui la sienne, qui se déroule souvent un dimanche. La bande s’est entretemps transformée en un long défilé tortueux et indiscipliné dans lequel les gens, en lignes successives, se tiennent par les coudes. Les déguisements sont multicolores et bien souvent, les hommes se travestissent en femme. Autre élément incontournable: le parapluie monté sur un long manche, signe de reconnaissance pour les sociétés. De temps à autre, un « chahut » interrompt la marche et l’on se resserre afin de tenir sa ligne menacée par les poussées des voisins. A la fin de la bande, les carnavaleux se rejoignent sur une place pour le « rigodon », moment très physique puisqu’on démarre une heure de chahuts.
Outre la bande, il y a les bals, que l’on compte par centaines ! Et ici encore, rien à voir avec un bal traditionnel: on « danse » autour d’un kiosque central, au son d’un orchestre dirigé par le tambour-major en costume de grenadier napoléonien. L’ambiance d’un bal est tout simplement fabuleuse: tous les genres s’entremêlent dans un esprit de défoulement sans bornes. L’humeur joyeuse et généreuse des gens du pays y ressort plus que jamais. Après la fête, il est de tradition de se restaurer de soupe à l’oignon. Souvent, des particuliers ouvrent leurs portes aux joyeux drilles désirant se restaurer. Ce sont les « chapelles ». Durant les Trois Joyeuses, aux alentours de mardi gras, nombreux sont ceux qui festoieront jour et nuit, alternant bandes et bals. Le Carnaval de Dunkerque est alors à son apogée. Une autre tradition non moins pittoresque est celle qui veut que le maire de la ville, du haut de son balcon, lance des harengs fumés à la foule en délire. Bref, de janvier à mars, on s’amuse beaucoup dans le Nord!
www.dunkerque-tourisme.fr, www.ville-dunkerque.fr

Tenerife : le Brésil à Santa Cruz
Rythme, couleur, luxe sans retenue et, bien entendu, beaucoup de spectacle. Le Carnaval de Santa Cruz de Tenerife, le plus « brésilien » de tous ceux qui se déroulent en Espagne, jouit d’une renommée internationale qui le place parmi les plus populaires du monde. Pendant quinze jours, la joie, la liberté et l’imagination s’emparent des rues de cette ville des Canaries.
L’un de ses points culminants est le gala de l’élection de la Reine des fêtes, qui a généralement lieu le mercredi de la première semaine des festivités. Dans ce concours spectaculaire et débordant de glamour, les candidates défilent sur une scène de 1 200 mètres carrés, vêtues de costumes grandioses, d’une incroyable fantaisie, pouvant peser plus de cent kilos. Après l’élection de la reine, le vendredi se tient la « Cabalgata » (défilé) annonciatrice du Carnaval : des milliers de personnes et des dizaines de groupes musicaux parcourent les rues pendant des heures, formant un indescriptible serpent multicolore de jubilation et désinvolture. Pendant les trois jours suivants, la musique et la joie de vivre s’emparent de la ville, tandis que les différents groupes « carnavaleros » reflètent dans les paroles de leurs chansons pleines d’esprit et d’ironie, la réalité sociale et politique avec un grand sens de l’humour. Le mardi de Carnaval constitue le point culminant de la fête : le « Coso », grand défilé de chars qui provoque l’admiration de tous les spectateurs. Le lendemain, les funérailles de la sardine annoncent la fin de la fête : l’esprit du Carnaval, représenté par la sardine, est transporté dans les rues dans un carrosse, puis finalement condamné aux flammes, sous la douleur du cortège des veuves, veufs et geignards en pleurs qui l’accompagnent. Les adieux définitifs n’ont cependant lieu que le week-end, lors de la célébration de la « Piñata Chica », où se succèdent les spectacles, bals populaires et défilés.
https://carnavaldetenerife.com

Cologne : un carnaval de 2000 ans
En Allemagne, certains considèrent le carnaval comme une cinquième saison. Et de fait, à Cologne, les préparatifs commencent déjà en novembre ! L’histoire de ce carnaval, pratiquement né en même temps que la ville, est particulièrement riche. Dans sa forme actuelle, il ne remonte qu’à 180 ans, directement inspiré du célèbre carnaval de Venise. Avec le temps, il s’est structuré et l’on y a ajouté la notion de «Held Karneval», l’actuel Prince Carnaval. Le «Festordnende Komitee» (le comité des fêtes) a été fondé en 1823 et depuis le 10 février de cette année-là, le défilé du lundi des Roses («Rosenmontag») et l’intronisation du prince carnaval en constituent le moment-clé. Au fil des années, la fête s’est étendue sur plusieurs journées, attirant à chaque fois des centaines de milliers de personnes. Aujourd’hui, la ville compte plus de 150 associations carnavalesques qui préparent frénétiquement la grande fête à l’occasion de plus de 500 réunions, organisant les bals et les cortèges. Les femmes ont leur carnaval le jeudi (elles ont alors tous les droits y compris celui de couper les cravates des hommes), les habitants du quartier et les écoliers le dimanche, mais le «Rosenmontag» demeure LE jour magique. Celui du grand défilé qui parcourt la ville : les chars colorés sont escortés de groupes de musiciens et de caravaleux déguisés en clowns, princesses, pirates, siper-héros… Des chocolats, des bonbons et des fleurs sont jetés à la foule en délire.
www.koeln.de/tourismus/karneval.
