Capitale européenne des sports d’hiver 2025, Erzurum s’impose comme une des principales stations hivernales au monde et est dans les startingblocks pour une prochaine édition des J.O. d’hiver. Peu y songent, mais ça pourrait changer !

Par Béatrice Demol

3 Erzurum. La region de tous les sports dhiver. ©B.D

On l’appelle « la petite Sibérie », la ville la plus froide et la plus haute de Turquie – 2.000m. Mais surtout, Erzurum fait partie des destinations ski du futur. Son domaine skiable de Palandöken affiche près de neuf mois d’enneigement par an et la qualité de sa neige et des dénivelées ravissent les spécialistes qui voient fondre les Alpes et misent désormais sur des stations de très haute altitude. D’autant que les prix affichés défient également toute concurrence. La croissance de son affluence touristique joue désormais un rôle important aux côtés du tourisme balnéaire et culturel de Turquie.

Décerné par l’European Capitals and Cities of Sports Federation (l’ACES, partenaire de la Commission européenne et de l’UNESCO), son titre de Capitale européenne des sports d’hiver est complété, cette année, par la distinction de Capitale touristique écologique de l’ECO (l’Economic Cooperation Organization qui regroupe les pays d’Eurasie). Une façon de saluer à la fois l’héritage historique et la modernité de toute la région.

Des véritables sports d’hiver

Depuis qu’elles ont accueilli les Jeux Mondiaux Universitaires d’Hiver (la plus grande compétition multisports au monde après les J.O.), les stations de ski qui entourent la ville d’Erzurum dans la province du même nom, en Anatolie orientale, affichent des infrastructures dignes des grandes stations des Alpes. Rebaptisé Ejder 3200 World Ski Center, le domaine de 71 kilomètres propose des télésièges débrayables, une télécabine, des dameuses modernes et des canons à neige -pratiquement jamais utilisés, les espaces de Palandöken et Konakli, avec des pistes qui descendent de 3.180m à 2.200m, sont enneigés bien au-delà de la saison. On y trouve un impressionnant mur d’escalade de compétition, cinq tremplins, des restaurants d’altitude modernes aux baies vitrées qui tranchent avec les snacks sombres de certaines stations européennes, un héliski pour rejoindre les plus hauts sommets, éclairage de nuit, un circuit de ski de fond à Kandili, du  hors-piste illimité et des pistes pour les débutants comme pour les compétiteurs, une des plus longues pistes de ski alpin du monde – 12 kilomètres à Palandöken, comme La Vanoise des Trois Vallées.

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Des prix défiant toute concurrence

A Erzurum et autour – le centre est à 5 kilomètres des pistes et 15 kilomètres de l’aéroport – il y a encore des patinoires, des pistes de luge, du curling, des itinéraires de biathlon, des piscines, des discothèques et pas mal de bons restaurants où l’on sert surtout la cuisine traditionnelle de la région – dont les célèbres caq kebabi (des kebabs personnalisés par chaque chef), les hingels (raviolis au yaourt) et les kadayifs, (des vermicelles de pâte sucrée farcis aux amandes).  Ça réchauffe ! La ville est située à 2000m d’altitude et son climat est à l’inverse de l’humeur de sa population : très froid. Pourtant, les Erzurumois sont formels : les étés sont très chauds, même si on enregistre parfois des chutes de neige. 

Avec son université Atatürk, une des plus grandes du pays, la population (660.000 habitants) est plutôt jeune et dynamique et apprécie les touristes qui choisissent de venir jusque chez eux et de ne pas se contenter des plages du pays. Ces voyageurs explorateurs sont remerciés par des prix incroyablement bas pour une station hivernale dotée de toutes les facilités. Du moniteur à la location du matériel en passant par les restaurants hauts de gamme, les remontées et les logements. Le site  https://www.combien-coute.net/ évalue le coût de la vie à Erzurum à 38% inférieur à celui de la France, 66% pour les logements et 69% pour les restaurants. Pour le prix d’une tartiflette à Val Thorens, vous pouvez manger cinq repas sur les pistes de Palandöken. Et pour le prix d’un studio aux 2 Alpes, vous pouvez loger dans un 5*, dans la ville.

4 Erzurum. Lhotel Dedeman Palandoken Ski Lodge 4 sur les piste. ©B.D

De l’histoire et de la culture

Lorsqu’on déchausse les skis, Erzurum, une des plus anciennes cités d’Anatolie, nichée au milieu des steppes parsemées de collines volcaniques, est aussi une destination culturelle et historique. C’est ici que Mustafa Kemal Atatürk posa les prémices de la République turque. Ancienne forteresse sur la route de la soie, théâtre de nombreuses prises de pouvoir entre Perses, Arabes, Mongols, Ottomans, Byzantins, Seldjoukides, Russes et Turcs, Erzurum fut, au 15ème siècle, sous le nom de Théodosiopolis, la cinquième ville la plus importante d’Europe. Ce carrefour des civilisations regorge de vestiges.

Des visites

Il est rare de pouvoir combiner ski et culture et, si vous choisissez de mixer les deux, voici quelques points d’intérêt que nous vous recommandons :

–  Le Cifte Minarelli Medrese. L’ancienne école coranique est aujourd’hui le plus emblématique bâtiment de la période seldjoukide. Encadré par deux minarets sculptés, il abrite une belle collection de céramiques colorées et de pièces d’époque.

–  Le château d’Erzurum. La forteresse byzantine offre une vue enveloppante sur la ville.

–  Le Medrese Yakutiye. Aujourd’hui un musée islamique qui dévoile des objets, de la vaisselle en faïence bleue et des bijoux.

–  Le Rüstem Pacha. L’ancien caravansérail du Grand Vizir de Soliman le Magnifique héberge aujourd’hui des boutiques de luxe.

–  Uç KÏmbetler. Les célèbres trois tombes aux toits pointus en pierre de taille, caractéristiques de nombreux mausolées de la région. 

–  Offrez-vous un hammam local – ou grimpez jusqu’à la station thermale d’Illica, à 15 kilomètres d’Erzurum. On y va pour les sources d’eau chaude, les soins et le bien-être. Et pour les paysages traversés. Notamment le pont Cobandere à l’entrée d’Erzurum, un aqueduc qui vaut sa longévité (800 ans) aux branches de genévrier qui enserrent les pieds du pont !

–  Prenez un café turc ou un chocolat dans un café municipal, les prix sont fixes et la population aime s’y retrouver pour rire et parler fort.

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Des rencontres

En effet, les sports d’hiver ne sont d’habitude pas très propices aux rencontres authentiques. Alors profitez de l’exotisme de la destination et promenez-vous dans la ville, entre les constructions ottomanes, seldjoukides et mongoles, entrez dans les caravansérails perdus dans les petits labyrinthes pavés et transformés en maisons privées. Laissez-vous héler par les habitants qui vous convient à partager un thé sur le tapis. Plus que sur les pistes, on traverse le temps avec leurs récits.

Perdez-vous dans le bazar de la ville, pour ramener du thé noir, du fromage, du chocolat, des herbes aromatiques et un bijou en argent et pierre de jais – et discuter avec les vieux artisans détenteurs de l’histoire du pays. L’un d’eux m’a raconté que le snowboard a été inventé ici, il y a plus de 300 ans… vérification faite, c’est exact : des planches en bois de pin assemblées et cirées qui servaient à se déplacer, pieds calés et en s’aidant d’une corde et d’un bâton, entre les villages enneigés. C’était écrit : pour la deuxième fois, Erzurum reçoit cette année la Coupe du monde de snowboard.

En 2025

Toute la saison, la ville et ses environs accueillent des compétitions locales et internationales. Courses de VTT sur les pistes, Coupe du monde de snowboard, Championnat turc d’escalade sur glace, Etape favorite du Snow Volleyball World Tour (oui, du volleyball sur neige !), Festival de théâtre de neige. Ensuite, les Jeux d’été, un Tournoi international de cyclisme, le Festival de la gastronomie et le Festival de la route culturelle prendront le relais. Il y aura des expositions et des concerts toute l’année.

2 Erzurum. Padanloken une station pour tous. ©E.B

Y aller

Pour rejoindre cette alternative de plus en plus sérieuse aux stations européennes, il faut transiter par Istanbul. Reste 1h20 de vol jusqu’à Erzurum. Les connections sont étudiées mais pourquoi pas cumuler avec un city trip à Istanbul ?

Pour loger sur les pistes, le Dedeman Erzurum Palandöken Ski Lodge 4* se trouve au cœur du domaine et possède son propre bureau de location de matériel, vente de forfaits et d’excursions. Un SPA et un restaurant gastronomique complètent l’offre. En ville, beaucoup moins cher et avec des navettes gratuites, le Polat Erzurum Resort 5*, dans le centre, est fort apprécié.

https://goturkiye.com, www.erzurum.bel.tr, https://www.ejder3200.com.

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